LES HAUTS MURS|colonies pénitentiaires Virginie PLAUCHUT
LES HAUTS MURS|colonies pénitentiaires

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LES HAUTS MURS - COLONIES PÉNITENTIAIRES -

Dans la continuité de mon travail autour de l’enfance, entre documentaire et travail de mémoire, je suis partie sur les traces de ce qu’il reste de ces colonies pénitentiaires qui ont survécu pendant plus d’un siècle non pas parce qu'elles étaient humaines mais parce qu'elles pouvaient afficher un taux de récidive relativement faible.

Au milieu de nulle part ou au cœur d’un village, des lieux chargés de douleur, quelques traces de ce passé pas si lointain et le silence enfouis des cris des enfants. Les hauts murs sont encore là. Sur les murs des cachots, des graffitis, des comptages, des initiales gravées, des phrases: « Vive Dieu, vive qui vaincra plus que Dieu. Ne meurs pas. »

L’enfant face à la justice, est-il plus un enfant coupable à enfermer, à corriger, qu’un enfant victime à éduquer, à protéger ?


Le 5 août 1850, le gouvernement adopte une loi qui instaure les colonies agricoles pénitentiaires, ou « maisons de rééducation », censées être plus éducatives que répressives. Les institutions pénitentiaires pour mineurs tentent de redresser des enfants âgés de 6 à 21 ans. On y accueille principalement des jeunes gens qui ont été acquittés pour « avoir agi sans discernement » (article 66 du code civil) que l’on doit « rééduquer », les peines s’échelonnent entre 4 et 8 ans. Des mineurs ayant commis des délits, jugés coupables et condamnés à des peines ne dépassant pas deux ans. A ces deux catégories, il faut ajouter les corrections paternelles (Le père ne pouvant plus tenir son rejeton adresse une demande d’internement au juge de première instance pour une peine allant de trois mois, six mois, à un an renouvelable seulement une fois).

Les colonies inventent leurs propres valeurs, leurs règles et leurs légendes, pour répondre largement aux attentes d'une société toujours prompte à contrôler l'individu. Mais le bel exemple se transforme vite en véritable bagne pour enfants. Punitions, vexations, travaux harassants, tel est le lot quotidien des petits colons.

En 1927, les termes de colonie pénitentiaire et correctionnelle sont remplacés par maison d’éducation surveillée. Mais cela ne change rien à la réalité. Les enfants sont élevés en commun, sous une discipline sévère et appliqués aux travaux de l’agriculture, ainsi qu’aux principales industries qui s’y rattachent, ils sont surveillés par des gardiens de prisons, et enfermés dans ce que l’on appelle les cages à poules. Les punitions sont fondées sur l’isolement dans divers types de cachots, accompagnés de privation de nourriture.

Sur l’ensemble de l’Hexagone, il y avait une soixantaine d’institutions privées et moins d’une dizaine publiques.

A partir de 1950, l’IPES s’inscrira progressivement dans une voie éducative qu’il lui faudra conquérir non sans mal, en butte à de nombreux archaïsmes pénitentiaires.
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